Beg / Steal / Borrow
Saturday, April 01, 2006
 

Comme des chiens désespérés fouillaient la terre 




Je marchais dans la rue, simplement, quand un garçon me prévient : « attention, votre lacet est défait. Vous risquez de trébucher et de tomber ». Jeune, idiot, curieux. Je lui réponds « Si seulement ». Je réfléchis à la façon dont je vais commencer à le frapper. Je pourrai simplement le pousser en arrière à l’aide de mes deux bras et compter sur son inexpérience, sur la faiblesse de ses membres mal formés pour qu’il perde l’équilibre. Je pourrai le toucher une seule fois, avec mon poing, au beau milieu de son visage, sur le nez, et entendre ce craquement symptomatique qui amène le sang à s’épandre de manière impressionnante, un peu comme quand on manipule trop brusquement une bouteille de champagne et que sous l’excitation de la soirée de Noël, ou remplacez avec n’importe quoi de faux et de puant, la bouteille se brise et que la boisson forme une bave blanche qui entache le sol et pénètre la moquette comme un pauvre mousseux un soir de disette, un soir de solitude, un anniversaire raté où tous les invités ont oublié de venir parce qu’ils n’étaient tout bonnement pas invités. Ou encore je pourrai, mais là ce serait risqué, lever une de mes jambes douloureuses, me pencher très légèrement en arrière, essayer de maintenir mon équilibre le mieux possible, juste quelques secondes, juste le temps d’étendre ma jambe et qu’il sente et que je sente mon pied pénétrer entre ses côtés, les écarter, les soulever, jusqu’à toucher ses organes vitaux, dans le rapport le plus intime que nous n’aurons jamais, le rapport le plus intime qu’il ait connu avec une personne vivante, un être humain, sur terre, lors d’une si simple fin d’après midi d’avril, quelques secondes avant de mourir. Ensuite, quoi qu’il arrive, il serait déstabilisé, à de degrés divers, et je n’aurai plus qu’à enchaîner, sans même avoir à le choisir, sur le coup de grâce, peut-être que je prendrais son visage et que je l’enverrai s’écraser plusieurs fois de suite contre la façade dure et irrégulière de l’immeuble gris au pied duquel nous nous sommes croisés, de sorte que s’il ne meurt pas sous les coups, il finisse étouffé par les morceaux de béton que son crane aura lui-même détaché de la façade ; peut-être que je le finirai avec mes pieds, quand il sera à terre, profitant enfin pleinement des bouts pointus et durs de ses chaussures de luxe qui ont contribué à vider mon compte en banque ; peut-être qu’avec mes deux pouces, j’appuierai sur sa gorge pendant que mes mains retiendraient son visage et qu’avec ses yeux de plus en plus exorbités il me regarderait avec un air de pitié qui survivrait malgré tout, malgré la mort, à la douloureuse expulsion de ses globes oculaires hors de leurs cavités ; peut-être que je l’épargnerai. Ce serait un pari. Un pari sur la crédulité et la miséricorde du système. Je mise contre, bien entendu. Avec ce que je lui aurai déjà fait, je serai bon sur la prison bien entendu. Reste à savoir pour combien de temps. Quitte à gagner, autant mettre toutes les chances de mon côté. Je l’achèverai et j’appellerai moi-même la police. Je veux de la prison. N’importe où hors de ce monde. Alors pourquoi pas là ? J’ai 50 ans et j’en fait au bas mot quinze de plus. Avec un meurtre, agrémenté de violence aggravée, une peine de 30 ans me laisserait sans doute une marge assez grande pour crever. N’importe où, alors c’est là que je veux aller. Précisément là, et n’importe où . Dans une cellule, isolé, seul, sans rien d’autre que de toilettes, une table, un lit, impossible de sortir, impossible d’être traîné au dehors, à l’air frais, impossible de se retrouver dans la beauté des rues un matin d’été, même pas par le plus grave des malentendus. N’importe où, c’est là. Exactement là. Rien d’autre que moi, mes organes et mon cerveau. Mes souvenirs, mes regrets qui s’effaceront peu à peu. L’imagination qui prendra le dessus. La folie, la folie pure. N’importe où loin des autres. Et je me rends compte que le temps qu’il me faut pour étudier ces différentes façons de le tuer, il reste immobile face à moi pendant que je le dévisage, et c’est sans aucun doute le temps le plus long que je prends pour observer un être humain depuis des siècles, des millénaires peut-être, bien avant que les momies ne soient que des tas de cendres durcies, bien avant que le monde ne soit monde et que moi, d’hier, devienne moi, d’aujourd’hui. Et d’un coup, le temps me rattrape. Je ne fais rien pour le tuer. Je ne peux tout bonnement rien faire. Je n’arrive qu’à penser, à imaginer, impassible, impuissant, maudit, un vieil homme aigri, un imbécile fini, voilà tout ce que je suis, et c’est seulement à cet instant précis que je m’en rends compte. Cet instant précis où, pour tout avouer de la douleur, le garçon en face de moi enfonce son pied dans mes côtes. Trop tard pour espérer réagir, j’avais mis déjà tant de temps pour réfléchir, comment aurai-je pu contre-attaquer ? Dans n’importe quelle situation, comment aurai-je pu le devancer, comment aurai-je pu effectuer le moindre mouvement de mon corps meurtri que je ne reconnais plus, comment aurai-je pu retourner le temps comme je tourne dos à la vie ? Qu’ai-je été stupide de croire en mes vieux réflexes, d’écouter ces voix autrefois si fidèles qui désormais me mentent, cherchent ma perte, trompent mon jugement, me détournent et m’amènent aussi vite que possible vers la mort. C’est un combat entre elles et moi. Je dois, JE DOIS, vivre et leur donner tort. Quel autre choix pour justifier mon existence et ces années sans cela perdues ? Je ne sais pas qui je suis aujourd’hui, je ne suis pas sûr de qui j’ai été avant, mais je sais que ce « je », ce « il », cette chose que je suis, doit survivre pour gagner. Ce n’est plus une question de réussir ni même d’être heureux. Il s’agit, simplement, de justifier une vie. Justifier toutes ces années que j’ai passé à espérer et à respirer et à continuer. C’est pour cela qu’à terre, brûlé jusque dans mes yeux par la douleur, je ne peux qu’admettre ma défaite. Mais si la terre est ordinaire, le destin est un chien enragé accroché à mon pantalon. Ce garçon, plutôt beau, les cheveux courts, les muscles bandés, la peau fine renforcé par l’expérience d’une brute, que je ne pouvais qu’imaginer étant moi-même sur le ventre, le visage contre le sol, s’arrête de me frapper. En fait, il ne m’a frappé qu’une seule et unique fois et se tient immobile, derrière moi. Il m’observe sans doute, attendant ma réaction. Je peux sentir ses yeux sur moi. Que faire d’autres que reprendre mon souffle ? Qu’attend-il de moi, je m’appuie sur mes jambes, étire mes orteils et me lève en soutenant mon corps de mes mains. Est-ce ce qu’il veut ? Qu’ai-je fait pour en arriver là ? Quel est l’objectif, le mien, le sien, notre rencontre ? Il ne bouge plus ou le fait sans bruit. J’en viens à croire, lui tournant toujours le dos, les mains recouvertes de graviers, que je l’ai imaginé. Je serai prêt à n’importe quoi pour me faire du mal. C’est pourquoi je ressens cet instant d’hésitation quand, au moment de me tourner, sa voix, devenue plus profonde, à moins qu’il ne soit simplement refroidi, trouble le silence. Lui ou mon inconscient ? « Vous avez déjà fait attention aux traces sur vos mains après que vous vous soyez relevé ? C’est comme les avoir abîmées au travail pendant des dizaines d’années. Comme si nos lignes de vies avait explosée, comme si nous n’avions plus d’avenir, plus de passé, mais simplement des milliers de cratères rouges pour trébucher et chuter. Et puis ils disparaissent si vite qu’ils en effacent presque le souvenir de cet éclair de lucidité. C’est le souvenir de la chute, chacune est une leçon, mais nous n’apprenons rien, nous ne sommes que des êtres humains après tout ». Il n’est plus seul. Derrière lui et à côté de lui, un petit groupe de quatre personnes lui ressemblant étrangement s’est amassé sans que je m’en rende compte un seul instant. Ils étaient même sans doute là depuis le début, tapis dans l’ombre ou dans son dos. La chose qui pourrait être drôle, et je ne sais pour quelle raison, je n’ai pas envie de rire, c’est qu’il n’a rien dit. Personne n’a prononcé la phrase que je viens d’entendre. Je le sais et je l’affirme parce qu’ils sont entrain de parler entre eux. Frémir par la bouche serait une description plus appropriée. Par moments, ils s’aboient presque dessus. Ils semblent en apparence avoir tout oublié de mon existence. Sauf que je comprends, en déchiffrant des bribes de dialogues, qu’ils se disputent pour se partager ma dépouille. Ils communiquent par des chuchotements entrecoupés d’hurlements, ils sont réunis en un cercle d’où n’échappent que certains de leurs membres, bras, têtes, quand ils expriment avec leurs corps le mécontentement ou l’approbation. Il n’y a plus d’issue. Je suis à leur merci. Je songe quelque seconde à faire un pas puis l’autre en arrière jusqu’à être assez éloigné pour partir en courant mais à peine l’idée me traverse l’esprit qu’ils arrêtent leur conciliabules et que l’une des sentinelles fait dépasser sa tête hors du cercle pour que j’oublie cette idée. On dirait des frères. Ils ne le sont sans doute pas. Ce doit être simplement leur vie communes, leurs idées communes, leurs déceptions et leurs joies communes, qui les ont forgé semblables, de la même manière qu’au fond, tous les êtres humains se ressemblent. Ils me semblent bien moins beaux désormais, et ils se révèlent plus jeunes encore que je ne le pensais la première fois que j’ai vu ce garçon. Ils doivent avoir 16 ou 17 ans au maximum. Je l’entends, lui, le premier, celui qui me mis à terre, dire d’une voix sans doute intimidante pour ses amis, et qui me semblent à moi terriblement juvénile et récitée : « C’est moi le chef du gang » et ça je suis sûr qu’il l’a prononcé. Profitant de mes instants de répits, je scrute les alentours, pas tant avec l’espoir de trouver quelqu’un pour me secourir, que pour admirer avec l’expérience des moments difficiles le paysage désolant qui m’entoure. Un flot de voitures qui nous dépassent en soulevant de l’air chaud, des immeubles décrépis qui était pourtant déjà terriblement moches à l’origine, des hommes de tout âge tout autour de nous, en face, à droite, à gauche. Pas de femmes. Ça me frappe. Pas une femme dans la rue. Je me dis que c’est tout ce dont j’aurais besoin, sans savoir pourquoi. Aucune ne m’a jamais sauvé, pourquoi maintenant ? Je n’ai jamais aimé personne et jamais personne ne m’a aimé. C’est comme ça. A ce moment précis je me pose sincèrement la question de savoir si je préfère mon égoïsme à toute forme de vie : vaudrait-il mieux que j’ai une femme et des enfants pour les pleurer et qu’ils portent mon deuil ou bien mon existence est-elle justifiée du fait de cette mort sordide qui m’attend et dont personne ne souffrira, personne si ce n’est moi. Et encore. Pourrai-je me défendre ? Impossible. Je n’argumente même pas et je n’argumenterai pas. Je les laisserai m’exécuter parce que c’est ainsi que ça doit finir. Un peu moins d’espoir. Pas de maladie. Pas plus d’ennui qu’il n’y en eut. J’aimerais les tuer bien sûr. Ça pourrait même me provoquer du plaisir intense. Toute ma vie j’ai voulu tuer quelqu’un. J’ai attendu. Au début, je l’avoue, je ne voulais pas la prison. Je ne voulais pas inventer un stratagème pour me disculper du meurtre, ou pire, ne pas y être lié. Je voulais être coupable et je voulais des circonstances atténuantes. Je voulais que l’on reconnaisse mon droit à tuer ne serait-ce qu’une seule personne en paiement du reste. Et en vieillissant j’ai appris à vouloir ma peine, à l’attendre, à la chérir. Mais j’ai toujours été trop honteux, j’ai toujours trop attendu le bon moment pour passer à l’acte et l’occasion se présentant à moi, aujourd’hui je n’ai plus la force de la faire. En un furtif instant je crois voir apparaître les cheveux d’une femme dans une voiture qui file et déjà n’est plus qu’un point à l’horizon. Je n’ai jamais tué et je n’ai jamais aimé. Que me reste-t-il de la vie. Rien, que dalle. La solitude. Moi. Plus pour longtemps. Je me suis persuadé, à un certain âge, pas vraiment longtemps après l’adolescence, que l’amour était comme un meurtre. Je voulais atteindre mes deux buts en même temps. Et j’y crois encore, bien que mes buts restent vides et vains. Par l’amour, on se tue soi-même. C’est comme un meurtre perpétuel où l’on cède, où l’on donne son intégrité à un autre, où l’on accepte mutuellement d’arracher ses croyances, ses espoirs, sens envies et ses rêves, non pour prendre ceux des autres, mais pour le grand vide, le rien du tout, le néant. Il était impossible d’atteindre mes deux buts à la fois parce que dans le principe et dans l’esprit, ils étaient contradictoires et que dans la réalité, ils étaient semblables. Des gens comme moi ne peuvent comprendre ni accepter ce genre de vérité. Des larmes viennent troubler mes yeux alors que je repense à toutes ces choses que j’avais depuis longtemps rangé, classé, et caché. Alors que je ne vois plus rien, la voix du jeune homme, soutenu par ces amis, retentit à nous : « Nous n’acceptons rien non plus. Nous ne comprenons rien, comme vous. Le sexe n’est qu’une drogue douce, c’est un joint, on se sent bien et chaud, on a confiance en nous alors qu’au fond on se comporte comme de grosses bêtes idiotes ». Je les sens se mouvoir, le cercle se déplace, change de configuration et s’approche de moi. Saisi de panique et de dignité, je sèche et retiens mes larmes. Ma vision retrouvée, impossible de savoir si c’est vraiment eux qui viennent de parler, ils sont muets, me regardent presque avec pitié, comme des spectateurs face à moi tandis que le premier jeune homme s’approche et me prend par le col. Je trouve si bizarre d’entendre des voix. Ça ne m’était jamais arrivé, à part peut-être certains matins alcoolisés trop fréquents, seul dans la chaleur étouffante de mon lit. Il sort une arme de sous sa veste et la tend juste sous mes narines de telle sorte que mon propre souffle pénètre le canon et me revient instantanément après avoir buté sur la balle qui m’attend. Par fait de hasard, il n’y a plus de voiture et plus personne dans la rue. Ces acolytes surveillent tout de même les alentours mais lui ne semblent même pas inquiété. Je me sens vieux, si vieux, que l’idée de la mort ne me semble plus farfelu. Quand le pistolet ne me lâche plus du regard, le groupe se ressert et les spectateurs oublient tout des alentours. A quel moment ai-je arrêté de me défendre ? A quel moment aujourd’hui, et à quel moment bien plus tôt, dans mon histoire. Est-ce parce que je n’avais plus la force ou est-ce parce que j’ai arrêté que j’ai perdu toute force ? L’arme posée sur ma tempe, le jeune homme prend un dernier souffle comme pour partager ma peine et je réalise une chose qui me paraît très importante à prendre en compte : je suis encore saoul d’hier. Et j’attends le Cling Bang. Clic.
 
Comments:
Le titre provient de mon extrait préféré de l'extraordinaire Chateau de Kafka :
« Elle cherchait quelque chose et il cherchait quelque chose, enragés, grimaçants, la tête enfoncée dans la poitrine de l’autre ils cherchaient, et leurs étreintes et leurs corps cabrés ne leur faisaient pas oublier mais leur rappelaient le devoir de chercher, comme des chiens désespérés fouillent la terre ils fouillaient leurs corps, et irrémédiablement déçus, pour prendre encore un dernier bonheur, ils se passaient parfois largement la langue sur le visage. »

C'est de cet extrait que je suis parti pour arriver à ce texte conformiste, chiant, et ennuyeux bien loin de ses modèles.
 
Très beau texte.
Respect !!

ah, oui, c'est trop tard, il y a eu "clic".

Bon. Tant pis...
 
Cool blog. However I am looking for info on Mesothelioma or Mesothelioma Lawyers. I would also like to find info on Asbestos and Asbestos Lawyers
 
And Daly's jovial attitude is back. resort Nothing went right all last year. He says a shallow face creates shots with more backspin and shorter flight. After playing in Dubai last week, Tiger Woods is skipping the AT&T at Pebble Beach (as he has in the past few years), but also appears to be ready to skip next week's Nissan Open in LA.
 
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Ceci est mon quatrième blog, mais ils font tous partie d'une même ligne, en constante évolution. J'essaie de le tenir à jour le plus régulièrement possible, ça peut aller de toutes les semaines à tous les jours et jusqu'à mi-mars 2006, ce sera sans doute tous les jours.
Je vous conseille particulièrement de regarder dans mes liens le Manuel de Cristallographie, c'est un roman que j'ai écrit sur un groupe de rock, les Narcisses, inspiré par les Libertines.

Je prends, triche Et ment, Perd mon âme aux cartes, Vend ce que j’ai vu, Prête ce que j’attends, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien, Je mendie ce que je vole, Donne des inventions, Offre mes fantasmes, Echange mes envies, Tout ça pour trouver, Quelque chose dont personne ne voudra.
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de Octobre 04 à Janvier 06 (de Brooklyn Boogie à Detective Bureau 2-3)
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Oeuvres Persos:
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